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Vous reprendrez bien un petit verre d’eau de Tautavel ?

mardi 28 juillet 2020

Vous reprendrez bien un petit verre d’eau de Tautavel ?

Avant de porter le verre à vos lèvres, je vous invite à consulter l’analyse de l’eau potabilisée de Tautavel produite par l’ARS le 3 juin 2020 que vous trouverez en pièce jointe*. La pollution de l’eau potable de Tautavel, qui résulte de l’usage de polluants redoutables, pour certains interdits depuis belle lurette, constitue un acte d’une violence sociale inouïe.

- Des seuils dits « autorisés » censés protéger notre santé...

Depuis deux mois, les habitants de Tautavel n’ont plus d’accès à l’eau, hormis par la distribution d’eau en bouteilles. Cette affaire est sur le devant de la scène du fait que plusieurs polluants ont dépassé les seuils sanitaires autorisés. Mais la pollution de l’eau à Tautavel est un sujet qui défraie régulièrement l’actualité à chaque fois que les seuils de valeurs limites sont dépassés. Les services sanitaires considèrent qu’en dessous du seuil de « doses limites » il n’y aurait pas de danger. Or les perturbateurs endocriniens ont pour caractéristique de pouvoir agir à très faible dose mais aussi dans la durée. Ils peuvent avoir des effets sur plusieurs générations. Ce sont de véritables bombes à retardement. On feint d’oublier aussi l’effet cocktail de l’association de toutes ces molécules. Plus de 100 000 molécules chimiques sont en circulation en Europe alors que seulement 10 % d’entre elles ont été étudiées quant à leurs effets sur le milieu naturel ou la santé humaine. L’analyse de l’eau « potable » effectuée par l’ARS révèle les noms des dizaines de molécules chimiques que contient cette eau. Des campagnes comme les plans Ecophyto servent de caution morale bon marché aux collectivités et masquent le fait que l’usage de pesticides n’a cessé de croître ces dernières années en France.

- Appel à la responsabilité des élus et à la défense de l’intérêt général

Le nouveau maire de Tautavel Francis ALIS, de toute évidence cherche à calmer les critiques. On comprend que Francis ALIS ne souhaite pas voir entravées les activités économiques de la commune, en l’occurrence un mode de viticulture fondée sur la chimie et le tourisme, même si celles-ci ont des conséquences désastreuses sur le milieu naturel et la santé de ses concitoyens. Mais, face à une catastrophe de cette nature, on est en droit d’attendre du premier magistrat de la commune que ce dernier soit aux côtés de la population, à commencer par les plus vulnérables, les plus inquiets, privilégiant en cela l’intérêt général. On pourrait s’ attendre à ce qu’il soit donc aux côtés de l’association tautavelloise « Pour l’information et la sauvegarde ». Il devrait se réjouir de voir nombre de ses concitoyens se mobiliser pour l’intérêt de tous, quoi qu’on en dise ! On a le sentiment, tout au contraire, que des intérêts particuliers sont ménagés par une attitude d’attentisme, de mise en retrait. Francis ALIS joue au désemparé, démuni du pouvoir d’agir, répètant à l’envie que la compétence eau relève de Perpignan Méditerranée Métropole. Au passage il ne manque pas de souligner les qualités de bonne gestion des services de l’eau de Perpignan Méditerranée Métropole. Francis ALIS a les moyens juridiques d’être beaucoup plus offensif. Tout comme le Préfet, ils sont les seuls à disposer du pouvoir de police de l’eau. Dans cette histoire Francis ALIS donne le sentiment que personne n’est responsable de l’état des choses, que ce soit la commune ou l’agglo.L’oligarchie des élus serre les rangs. Un beau début de mandat de maire !

- Un service public abandonné depuis longtemps

Nous sommes allés rechercher les premiers indicateurs de la gestion des services publics de l’eau et de l’assainissement de Tautavel. On constate d’emblée que ce service public est à l’abandon de longue date. Francis ALIS se retranche derrière le fait que le pouvoir de gestion est entre les mains de Perpignan Méditerranée Métropole . Ce transfert date de l’année 2015. Francis ALIS était alors membre de l’ancienne équipe municipale et ne peut par conséquent ignorer l’état de gestion antérieur du Service Public de l’eau potable et de l’assainissement. Les quarante deux années de Guy ILARY à la tête de la municipalité et les dix neuf ans en tant que président des maires du département n’auront pas été suffisantes pour que Tautavel acquière un service public de l’eau digne de ce nom. Pourtant Guy ILARY disposait, sous ses ordres, de trois secrétaires.... pour une commune de 890 habitants...... Sur la photo de l’article du 29 février 2020 que le journal l’Indépendant lui consacre, Guy Ilary affiche un petit sourire malicieux. Après tant années passées à la tête de la municipalité le potentat local passe la main. Il se dit satisfait de sa mission de service public rendue ; « Je considère que j’ai longuement et j’espère efficacement servi la commune de Tautavel » et d’ajouter « je veux transmettre d’abord et avant tout le sentiment profond de dévotion, de service rendu, de disponibilité ».Mais malheureusement, les faits sont là.

- Déficit quantitatif, déficit qualitatif

Au cours des années, l’ARS et les services préfectoraux ont signalé à plusieurs reprises l’état de déficit quantitatif et qualitatif de la ressource eau de la commune sans que cela engendre une action de la collectivité. Le captage dans le Verdouble est un ouvrage qui date de 1932 ! Le zonage de protection de la zone de captage est rendu impossible de par la configuration des lieux.L’installation de puisage d’eau se situe à 1,20 m de profondeur dans le lit du Verdouble. Le Verdouble reçoit à cet endroit les pollutions agricoles notamment émises en amont. L’installation est inaccessible, submergée à chaque montée des eaux. D’autre part, le réseau de distribution d’eau potable a enregistré un taux de fuite de 40, 3% en 2019, 38,8% en 2018, 41,3% en 2017 et 44% en 2014 sous gestion en régie communale. Le taux de renouvellement du réseau eau potable est de 0,35% en 2018 sous gestion de l’agglo soit un renouvellement complet du réseau fuyard en 285 années alors que la durée de vie d’une canalisation est de l’ordre de 80 à 100 ans. Tout cela traduit une politique de court terme où la commune tout comme l’agglo se limitent à colmater les fuites les plus criardes. Le taux de renouvellement du réseau d’assainissement collectif est encore plus catastrophique : 0,22% en 2019 et 0,15% en 2017 ! En 2011 la station d’épuration tardivement renovée en 2018, était déjà obsolète au vu du pourcentage de boues produites. La station à boues activées rénovée est un système à minima qui n’est pas en capacité de gérer les contaminations chimiques actuelles, pas plus les métaux lourds, les résidus médicamenteux, pcb....

- Continuer de payer ? Pour quel service rendu ?

Face à une gestion que l’on peut qualifier de lamentable et d’ irresponsable, la facture de l’usager tautavellois a augmenté de 54% entre 2010 et 2019. On est en droit de s’interroger sur les usages de cette augmentation compte tenu du fait qu’aucun travaux d’envergure n’ont été engagés. Dans le contexte actuel, il serait légitime que les usagers refusent le paiement des factures jusqu’à ce qu’une eau potable - digne de ce nom - leur soit fournie.

- La responsabilité des instances de gestion

Le transfert de la compétence eau à L’Agglo Perpignan Méditerranée arrange le pouvoir local ? C’est une évidence. Quant à l’usager, celui-ci se retrouve mis à distance des pouvoirs de décisions. Le dernier rapport 2018 sur le Prix et la Qualité du Service produit par Perpignan Métropole Méditerranée est devenu, en comparaison aux années précédentes, d’une remarquable opacité ne permettant plus au citoyen d’accéder à des données quantifiables. Les élus locaux ne semblent pas s’en émouvoir. Où est la mutalisation entre les quatorze régies municipales de Perpignan Méditerranée Métropole dont s’enorgueillit Francis ALIS ? Toutes ces communes, sans exception, détiennent des taux de fuite sur leurs réseaux semblables ou avoisinant ceux de TAUTAVEL. Ces modes gestions en régie ne sont que parodie. Les services de maintenance majeurs étant sous-traités à VEOLIA et consorts.

- Sortir du court termisme d’un système qui mène à notre perte.

L’eau est une ressource locale, sa gestion doit demeurer locale. Qui de mieux pour gérer cette ressource que les Hommes qui habitent le territoire et en possèdent une connaissance profonde transmise de génération en génération ?. La prévention coûte 2,5 fois moins cher que la gestion de la pollution. Il faut donc agir en amont, sur les causes de ces pollutions endémiques dont on connaît l’origine majeure : l’agrochimie viticole. L’agriculture biologique après plusieurs décennies a fait ses preuves et nombre de viticulteurs ont compris qu’il fallait agir avec la nature, que le sol était un capital vivant. Nul n’est empêché de réfléchir à la perte de savoir engendrée par un modèle économique devenu prédateur. Le paysan est devenu un exploitant agricole soumis aux directives de techniciens inféodés aux grands trusts de la chimie. Les tenanciers de l’agrochimie ne peuvent plus aujourd’hui se victimiser de cette condition car autour d’eux, localement de plus en plus nombreux sont les viticulteurs jeunes et moins jeunes qui travaillent la terre en culture biologique ou en biodynamie et ils réussissent ! Face à l’état de catastrophe et de traumatisme dans lequel la communauté tautavelloise se trouve, il n’y a pas place pour la résignation et le statu quo. Un véritable changement de paradigme est à la portée des usagers-citoyens. La présente crise offre cette opportunité. L’élu doit s’appuyer sur le soutien de ses concitoyens dans ces moments de mutation profonde qui vont nécessiter de repenser les usages et les modes gestion de l’eau. Si le citoyen se retrouve comme c’est le cas, face à une inertie du pouvoir local, le citoyen dispose de la puissance de contre pouvoir de l’action citoyenne collective, démocratique et constructive. Les Tautavellois ont la chance de compter parmi eux des hommes et des femmes engagés dans ce sens au sein d’une nouvelle association locale qui s’est donné pour but d’agir dans le sens de la préservation des biens communs. Une association riche de compétences, dynamique, courageuse. L’association des Usagers de l’Eau des Pyrénées Orientales est heureuse d’apporter son soutien à l’association tautavelloise « Pour l’ Information et la sauvegarde »

Quelles justifications pourront donner demain à leurs enfants ou petits enfants celles et ceux qui face à la situation à laquelle nous sommes confrontés choisirons l’indifférence, la résignation ou le déni ?

Pour l’association des usagers de l’Eau des Pyrénées Orientales, le président, Dominique BONNARD

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